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Avec son aimable autorisation, L'IEESDS reproduit ici un article du journal La Décroissance paru en octobre 2008.

La décroissance survivra-t-elle à Cohn-Bendit ?

De nombreuses déclarations montrent que les Verts veulent prendre la décroissance comme thème (ou plutôt slogan) de campagne aux prochaines élections européennes ; nous devrions nous en réjouir mais le trio Bové-Besset-Cohn-Bendit a de quoi légitimement inquiéter.

Les Verts sont-ils devenus « réac » ? C’était de leurs rangs (Yves Frémion, Guillaume Duval, Cyril Di Méo…) qu’avait été intenté, voici deux ans, un petit procès moscovite à la décroissance. Avec les élections européennes de 2009, les voilà qui semblent pourtant désormais s’acheminer à choisir la « décroissance soutenable » comme thème de campagne pour leur « super-coalition » avec José Bové, Daniel Cohn-Bendit et Jean-Paul Besset (la « plume » de Nicolas Hulot). « Nous croyons à la nécessité d’une décroissance soutenable et d’une croissance progressive du vivre mieux en vivant et travaillant autrement », affirme Daniel Cohn-Bendit en lançant d’ores et déjà la campagne (Rue89, 26-8-2008). Noël Mamère, Yves Cochet, Denis Baupin, Marie Blandin, Marie-Anne Isler-Béguin, Alain Lipietz… toutes ces personnalités élues des Verts signaient le 20 août 2008 une tribune dans le quotidien Les Échos intitulée « Pour une décroissance solidaire ». Sauf à demeurer d’éternels mal embouchés, nous devrions a priori hurler notre joie, après tous nos efforts, de voir les Verts nous rejoindre et prendre enfin au sérieux leur propre motion votée en 2004 en faveur d’une « décroissance sélective et équitable ». C’est tout notre objectif que de voir la décroissance infuser dans la société. Sauf que…

Sauf que la décroissance à la sauce « libérale-libertaire » de Cohn-Bendit, mâtinée de la « régulation des marchés » de Noël Mamère, assaisonnée d’une pincée de pétro-apocalypse de l’ami Cochet et avec en prime José qui refusa d’être en 2007 un candidat portant l’idée de décroissance… risque de vider de son sens la décroissance que nous défendons dans ces colonnes. Ce curieux attelage n’est-il pas le chant du cygne de l’écologie politique, dans la foulée du Grenelle de l’environnement qu’ils ont salué en son temps ? On ne rompra pas avec le productivisme à coups d’opérations de greenwashing du groupe JCDecaux (Vélib’), ni avec cette machine à accélérer qu’est le TGV, ni en roulant dans la Toyota Prius de Yann Arthus-Bertrand. Autant de symboles du développement que tous ces braves gens n’ont pas du tout abandonnés, bien au contraire. Bref, on ne prendra pas le productivisme sur son propre terrain sauf à vider de son contenu ce nouveau projet politique qu’est la décroissance. La décroissance soutenable ne peut pas être le développement durable, la croissance verte ou la « voiture propre », maquillés d’un nouveau nom, sauf à lui faire perdre toute crédibilité.

« Nous sommes un groupe d’individus issus des milieux associatifs et politiques, qui ont appris à se faire confiance, et qui, avec le Pacte écologique et le Grenelle de l’environnement, avons contribué à mettre l’écologie au centre du débat public », affirme Jean-Paul Besset (Libération, 21-8-2008). Si cette campagne électorale européenne doit se transformer en reconduction des catastrophiques opérations de communication du pacte Hulot, de la présidentielle et du Grenelle de l’environnement, tout doit alors être fait pour résister à cette tentative de vampirisation qui pourrait sonner le glas de la décroissance et de l’écologie politique.

Nos amis ont surtout besoin d’une rupture culturelle : on ne mesure pas le succès d’une action au nombre des articles qui en résultent dans les grands médias. Difficile à comprendre pour ces personnalités fascinées par les médias. Et à ce petit jeu Daniel Cohn-Bendit est un vieux singe à qui on n’apprendra pas à faire des grimaces. C’est lui qui risque d’être le grand gagnant de la farce médiatique et les objecteurs de croissance, ses dindons.

L’ex-rédacteur en chef du Monde, Jean-Paul Besset, poursuit : « Le périmètre de notre rassemblement n’est pas encore établi : le pôle écolo du PS, des courants de la décroissance (…) pourraient nous rejoindre » (Marianne, 28-8-2008). Il est à craindre que ce « courant de la décroissance » s’incarne dans le malthusien Yves Paccalet, auteur du funeste L’humanité disparaîtra, bon débarras ! C’est finalement Eva Joly (aussi courageuse que proche de François Bayrou) qui tiendra le rôle de Corinne Lepage de Cap 21 pour représenter la tendance « centriste » de cette alliance. L’ex-juge serait deuxième de la liste.
La rédaction

La Décroissance, octobre 2008


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« Celui qui
croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »
Kenneth Boulding (1910-1993), président de l'American Economic Association.

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