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Philippe Val, Radio France et la décroissance

Dans le texte de Philippe Val ci-dessous, nous avons remplacé le mot « croissance » par sa définition : « augmentation du produit national brut » :
« Depuis les années soixante-dix, tout un mouvement, notamment écologiste, conteste l’[augmentation du produit national brut]. [Augmentation du produit national brut] zéro, halte à l’[augmentation du produit national brut], vive la décroissance… Or, l’[augmentation du produit national brut], ce n’est pas seulement de la dépense d’énergie, de la pollution, du gâchis, de la consommation débile et des périphériques superposés. C’est aussi du temps, de la liberté, du confort, du savoir, des soins qui s’améliorent, de la durée de vie de bonne qualité qui s’allonge, des facilités de transport, des informations, plus de bonheurs et de beautés accessibles, etc. Sans [augmentation du produit national brut], Chongqing n’inventerait pas son système pour éradiquer les tumeurs cancéreuses, et ne donnerait pas le jour à quelques artistes designers ou musiciens surdoués. Mais faut-il payer de cette violence écologique et sociale ces bénéfices d’[augmentation du produit national brut] ? Pas forcément. Ça dépend de nous, au fond. Mais trouver un remède aux maux de l’humanité en abandonnant l’[augmentation du produit national brut], c’est vouloir soigner la vie en donnant la mort. L’[augmentation du produit national brut] est une expression du désir, lequel est l’essence de ce que nous sommes. Supprimer le désir c’est supprimer le mouvement même de la vie. Vive l’[augmentation du produit national brut], une bonne fois pour toutes. Mais une [augmentation du produit national brut] choisie, qui se traduirait par le meilleur développement possible. Le fleuve de l’[augmentation du produit national brut] charrie un limon où s’entremêlent les bienfaits et les poisons. La politique, c’est l’art d’exercer le pouvoir de faire des choix dans l’expression incessante de nos désirs. (…) La prise en main de notre vie, et de nos droits, face aux modèles que proposent ces deux champignons à la sauce marxiste et islamique n'avait qu’une traduction politique : la construction d’une Europe où le droit prime sur la force. Si elle ne redémarre pas, nous sommes condamnés à devenir la banlieue lointaine et oubliée du centre du monde, sans moyen de prouver qu’une [augmentation du produit national brut] respectueuse des droits des individus et protectrice des équilibres naturels est préférable. »

Eclairant, non, réécrit ainsi, cet éditorial de Charlie Hebdo du 21 juin 2006 ? On le voit : derrière une logorrhée prétentieuse, c’est l’ordre productiviste que refourgue Philippe Val. Le directeur de Charlie Hebdo et son esprit hanté par les nazis et Al-Qaida, est pressenti par l’Elysée pour la direction de France Inter. L’ami de madame Sarkozy sera peut-être le premier directeur d’une chaîne de l’audiovisuel public nommé directement par l’Élysée. Sa pratique rhétorique de bateleur de foire le rapproche du président de la République : Philippe Val ne discute pas, il martèle. Il ne contredit pas, il cherche à salir et à discréditer ses opposants. Toute nuance, tout discernement, donc toute vie des idées, devient impossible au profit d’une rhétorique implacable : vous êtes derrière moi ou du côté des nazis. Il pense avec un marteau, ou plutôt une masse, appuyé par Caroline Fourest, chroniqueuse multimédia au Monde. Il donne raison à ses adversaires quand ils disent que c’est un « propagandiste haineux », selon les mots du député européen souverainiste Paul-Marie Coûteaux.

Nous pensons à la pétition contre Siné de BHL, publiée dans Le Monde, le 1er octobre 2008, pour soutenir le rédacteur en chef de Charlie Hebdo. Ce chef-d’œuvre digne des procès de Moscou a été signé par Adler, Leconte, Elisabeth Badinter, Bruckner, Voynet… « Lorsque la raison aura repris ses droits, quand on acceptera de lire et entendre, vraiment lire et entendre, ce qu’a écrit et dit Siné depuis trente ans, alors chacun pourra constater que le seul tort de Philippe Val aura été de ne plus supporter ce qui, en réalité, n’était plus supportable depuis longtemps », y écrivait BHL. La raison a effectivement repris ses droits contre cette cabale et la justice est passée : Siné a gagné devant les tribunaux contre ses accusateurs.

En France s’est formé un axe « néoconservateur » a dressé des passerelles de l’extrême droite à l’ultra-gauche. Leur dénominateur commun est de défendre un atlantisme virulent (au nom de la défense de notre belle civilisation occidentale, de son complexe militaro-industriel et de son mode de vie) mais aussi d’amalgamer une religion, le judaïsme, à la politique conduite par un État, Israël. C’est sans scrupule que les « néocons » instrumentalisent et banalisent les imputations d’antisémistisme à des fins partisanes. Dans Charlie Hebdo, Jean Ziegler, diplomate de l’ONU, vient d’en faire les frais. Avec la finesse dont il coutumier, l’hebdomadaire titre : « Selon Jean Ziegler, l’obésité menacerait la Somalie » (18-3-2009). Pas de doute que le diplomate de l’ONU ait eu cette idée… Jean Ziegler est un des rares diplomates occidentaux a s’être engagé avec détermination aux côtés des pays du Sud (notamment contre les agrocarburants et pour la Palestine). Certaines de ses positions prêtent à interrogation. Mais il ne s’agissait ici que de le salir. À l’autre bout de l’échiquier politique, au journal du marchand d’armes Serge Dassault, un chroniqueur comme Ivan Rioufol se déchaîne dans la haine de l’Arabe à travers une prose qu’il y a seulement dix ans aurait semblé impubliable hors de la presse d’extrême droite atlantiste. Tout ce petit monde trouve son inspiration dans la revue néoconservatrice Le meilleur des mondes.

Les médias dominants tentent actuellement de nous persuader que France Inter serait « impertinente ». Si impertinence signifie capacité de dire des grossièretés nous voulons bien ; en revanche, pour la vie des idées, force est de constater que cette radio est une forteresse du conformisme férocement défendue. Nous aimons bien Daniel Mermet (même si ce dernier ne semble pas très porté sur la décroissance). Déjà présence dissonante dans la très néolibérale station publique, nous lui souhaitons bien du courage après Val. Pour les autres, cette nomination serait-elle finalement imméritée ?

Vincent Cheynet

Texte issu de La Décroissance de mai 2009 reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

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« Celui qui
croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »
Kenneth Boulding (1910-1993), président de l'American Economic Association.

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